Bivouhack 2026 : l’Aiguille du Tour
En 2025, le Bivouhack s’embourgeoisait. La dernière sortie s’était faite sans même une nuit de bivouac, dans le confort du chalet de la famille à Flétan. Il fallait réagir.
En 2026, le Bivouhack est donc de retour pour quelque chose de plus ambitieux : sa première sortie d’alpinisme. C’est une découverte pour Marty, Blaireau et moi. Flétan, lui, s’y connaît. Il sera notre guide pratique et spirituel.
Quêtes secondaires
La sortie commence à Thônes, terre d’accueil du Flétan. En attendant Marty, qui ne peut arriver que le lendemain, nous décidons d’accomplir quelques quêtes secondaires. Un bon Bivouhackeur ne refuse jamais une occasion de gagner de l’xp.
Quête secondaire n°1 : l’atelier. Flétan a décidé de nous faire visiter l’atelier de charpente de son taf, car pour Blaireau, c’est l’équivalent de Disneyland. Le tour à bois est l’équivalent de Space Mountain.

Généreux comme il est, Flétan ne se contente pas de nous montrer tout ça : il va nous les faire utiliser. Car chez Flétan, on est toujours le bienvenu, mais il y a des petites lignes dans le contrat. Par exemple, la chambre d’amis est livrée en kit, et c’est aux invités de la construire.
Nous voilà donc partis pour un peu de travail du bois, à base de scie sauteuse, de scie circulaire et de Blaireau. Et même un peu d’usinage, en allant faire un tour sur Space Mountain — pardon, sur le tour.


Ç’a été l’occasion pour moi d’apprendre quelques trucs de bricolage. Je retiens notamment le talent de Flétan à taper fort sur les problèmes, et à les régler comme ça. Généralement moi je les aggrave, comme ça. Tout un art. Ça me laisse admiratif.

Quête secondaire n°2 : le bal des pompiers. Le soir, nouvelle mission : mettre l’ambiance au bal des pompiers de Thônes. À notre arrivée, le tableau est désolant : une grande piste de danse vide, et un DJ tapi dans l’ombre, à peine visible. Puis il lance la Peña Baiona. L’instinct du Sud-Ouest de Blaireau s’éveille, et nous partons lancer un Paquito. Après quoi la piste de danse est restée bondée toute la nuit. Face à notre coolitude, un gars a voulu faire copain-copain avec nous, mais on a refusé sa bière, car la quête principale nous attendait le lendemain.

La quête principale
Après une matinée de préparation pas très efficace, nous partons chercher Marty, puis la montagne.

Notre choix d’itinéraire s’est porté sur le Glacier du Tour, dans le massif du Mont-Blanc. Un glacier pas trop technique, adapté à notre niveau, avec de belles vues à la clé. Au sommet trône l’Aiguille du Tour, une partie rocheuse assez vertigineuse, ce qui, pour Flétan, est l’équivalent de Space Mountain. Toutes les montagnes étant ses Disneyland, bien sûr.
Ma philosophie pour cette ascension : ne pas faire le malin. J’étais incertain de ma capacité à avaler autant de D+ avec les affaires de bivouac et d’alpinisme sur le dos. Et ne connaissant rien à l’alpinisme, mais conscient des risques, ne pas faire le malin maximise mes chances de survie.
Jour 1 : le chemin de merde
Je ne sais plus exactement comment la décision a été prise, mais nous avons commencé par un sentier bien merdique, qui apparaissait sur les cartes, mais avait quasiment disparu en réalité. On s’est tapé un pierrier bien raide, à une altitude où il faisait encore très chaud, au moment le plus chaud de la journée, avec le soleil qui tape sur la nuque. Et encore, c’était le passage agréable, en comparaison de la section ronces, au-dessus.
Bilan de l’après-midi : Nous n’avons pas beaucoup avancé et Marty est en PLS. On adapte le plan en conséquence. On redescend nos ambitions du jour, on remonte le moral des troupes, et on file prendre une douche à la rivière. L’eau de fonte, ça réveille un homme.

La nuit se fait à la belle étoile, agrémentée d’un tutoriel d’alpinisme dispensé par Léo : le baudrier, la corde, les nœuds, les crevasses. Et pour ne pas trop s’habituer à l’air pur de la montagne, Marty nous fait partager ses clopes indonésiennes chelou aromatisées au clou de girofle.


Jour 2 : le refuge et les premiers pas sur le glacier
Le lendemain, ascension raide et droite jusqu’au refuge, où nous laissons les affaires de bivouac. C’est simple : le chemin allait tout droit. Mais le refuge et l’espace de bivouac sont à 2700 m d’altitude. Donc le chemin était très penché.

L’après-midi, premiers pas sur le glacier. Les ruptures de pente et les virages pris par le lit du glacier le froissent comme une chemise en lin. Des froissures assez grandes pour y faire tomber un homme, qu’on appelle crevasses. Elles sont particulièrement dangereuses quand elles sont recouvertes de neige : un pont de neige, ça a l’air d’un chemin, jusqu’au moment où ça n’en est plus un.
Nous enchaînons donc quelques tests de chute encordés, histoire de vérifier que la théorie de la veille tient la route quand quelqu’un tombe pour de vrai.
En vrac, ce que j’ai appris sur l’équipement. Il faut du matériel, qui peut être assez cher à la location. Ce qui est spécifique à l’alpinisme :
- Un baudrier. Un baudrier d’escalade fonctionne très bien.
- Une corde (pas d’amarrage).
- Des chaussures d’alpinisme, avec crampons. Elles sont très rigides. Si on n’emporte pas une seconde paire de chaussures pour la marche d’approche, il ne faut pas être flemmard au moment des essais, et bien choisir celles avec lesquelles ont est 100% à l’aise.
- Des lunettes de soleil bien couvrantes. De catégorie 4, de préférence.
- Un piolet. En théorie, le meilleur ami de l’alpiniste. Dans la pratique, j’ai trouvé ça très situationnel. Dès qu’il y a trop de neige ou de rocaille, il ne sert quasiment à rien. Je suppose que ça sert surtout en cas d’urgence.
- Un casque.
Il faut aussi connaître quelques nœuds, pas très compliqués : le nœud de huit (le même qu’en escalade), le cabestan (pas la ville des gobelins, pour les gros nerds qui me lisent), et le machard (ultra facile, même quand on galère avec les sens comme moi).
La compétence en nœuds qui m’a semblé la plus complexe, en réalité, c’est de démêler la corde. Ça demande d’être patient et de ne pas s’énerver, parce que la corde est toujours emmêlée pour de mauvaises raisons.
Le refuge. Un refuge assez gros, et plus confortable que tout ce que j’ai jamais vu. Avec, en contrepartie, des gardiennes moins renseignées que tout ce que j’ai jamais vu.
La douche valait le détour. Blaireau a adoré le système.

Dîner au refuge, à côté de notre spot de Bivouhack. On s’y est bien pété le bide, même si pour ma part, il restait un peu de marge : j’aurais dû prendre du rab de soupe. J’avais tellement la dalle que j’aurais mangé la table, si j’étais xylophage.

Au refuge, tout le monde faisait à peu près le même itinéraire que nous, à savoir la montée de l’Aiguille du Tour. Nos voisins de table, notamment, qui s’y sont mis à 3 h du matin.
Nous, on a âprement négocié avec Léo un réveil à 3 h 30. Quand Flétan, au téléphone avec Mathilde, a annoncé qu’on prévoyait un réveil à 3 h 30 le lendemain, il a précisé que c’était « un peu tard », ce bâtard.
Mais bon. L’alpiniste d’été est un être très matinal. Et on ne se lève pas si tôt pour faire plaisir aux commères qui associent un lever tôt à la réussite, et un lever tard à des ramassis de glandeurs au chômage. On se lève tôt parce que la neige y est plus solide et les roches plus stables. À mesure que l’après-midi avance, la neige ramollit, rendant chaque pas plus difficile, et dangereux, s’il se fait sur un pont de neige ramolli au-dessus d’une crevasse.
D’autant qu’il faisait chaud. Dans la canicule sans fin de l’été le plus frais du reste de notre vie, l’isotherme 0 °C se promenait vers 4000 m. On s’est fait une seconde nuit à la belle étoile, à 2800 m d’altitude cette fois.

Jour 3 : le sommet
3 h 30. Départ dans la nuit, marche encordée sur le glacier. Une belle vue à laquelle ma photo ne rend pas justice : magnifique de voir tous les points des frontales des autres cordées, en procession sur la montagne.

Vint ensuite le lever du jour, et la découverte de l’autre versant, le suisse, assez somptueux.

La fin de l’ascension nécessite de l’escalade. Les gens abandonnent crampons et piolets au bas des roches. On resserre l’écartement de l’équipe sur la corde, et on grimpe. C’est la seule fois de la randonnée où je sens vraiment le danger : si l’un d’entre nous glisse ou tombe, il faut que le reste de la cordée tienne. On a fait tout ça avec un certain sang-froid, presque trop. Pendant l’ascension, Blaireau insistait pour qu’on prenne notre temps afin de mieux contempler la vue.

Petit constat au passage : à 3500 m, je n’ai pas ressenti la raréfaction de l’oxygène. Le corps humain me déçoit rarement, mais là, il m’a même impressionné.
Au sommet, nous avons été récompensés par une belle vue et, comme dit le dicton, on se retrouve entre une montée difficile et une descente difficile. La descente, nous l’avons faite en une journée, contre deux pour la montée. Avec mes chaussures de randonnée, j’ai souffert des pieds et accumulé une collection d’ampoules jamais vue.




Épilogue : les conseils de Léo
Quelques techniques glanées en chemin, à transmettre aux futures générations de Bivouhackeurs :
- Pour emporter du strap sans emporter le rouleau entier, Léo en enroule un peu autour d’un bâton de marche ou du piolet.
- La technique de la double paire de chaussettes, pour réduire les frottements (et la collection d’ampoules, voir plus haut).
- Ranger le bâton de marche derrière son dos, en le passant par la bretelle du sac. Le bâton est maintenu en tension. Ça libère les mains. Et ça fait ressembler à Legolas.
- Il y en avait d’autres, mais là comme ça, j’ai oublié.
Quête principale accomplie. Le Bivouhack ne s’embourgeoise plus.

