Le vent, la mer, une ratatouille

Un petit article sans prétention pour cette sortie de voile qui, ma foi, s’est passée sans accroc majeur.

Au Bivouhack, Clark est notre référente mer et océan. Grâce au prêt d’un voilier par une amie rencontrée aux Glénans, elle a pu nous proposer une initiation à la voile. Comme nous étions trop nombreux, on a divisé notre groupe en deux.

J’étais dans le second. On s’est retrouvés le dimanche pour une soirée tous ensemble sur la plage et le voilier, à Quiberon. Au menu, danse et sentiments.

Photo. Ces hommes dansent.

Ces hommes dansent
A gauche, cet homme parle de ses sentiments

Nous nous sommes entassés dans le bateau à sept pour la première nuit. Le lendemain matin, la première équipe nous a quitté. Et nous sommes partis pour notre propre voyage, sur une mer agitée.

Chaque m² est utilisé à 100% de ses capacités

Direction la mer

Je ne suis quasiment jamais malade dans les transports. Les montagnes russes ne me posent aucun problème. Je n’ai jamais eu de souci sur les ferrys.

PY et Marty ont affalé la grand-voile, puis je suis allé faire de même avec la voile d’avant. Ça secoue de partout, je m’accroche au mât puis je tire la corde. Je commence à sentir un truc dans ma gorge. J’essaie de faire le nœud de taquet. Ça commence à être difficile. Mes jambes deviennent flageolantes.

J’ai fait la rencontre avec le mal de mer.

Je me sens subitement très faible. J’essaye les différentes techniques connues pour le faire passer : mieux respirer, regarder l’horizon, tenir la barre. Mais rien n’y fait. Mon corps a dit non. Il parait que j’étais tout blanc.

– Damien, ça va ?
– Je crois que je me sens un peu faible.

PY est à peu près dans le même état. Il part vomir un bon coup. Je l’imite quelques minutes plus tard. Mais là où lui va plutôt mieux, je me sens toujours aussi vidé, niveau énergie. Je pars dormir au centre du bateau, là où ça secoue le moins. Je découvre alors que, dès l’instant où je suis allongé, je vais mieux.

Ils ont galéré

Je tape mes meilleures siestes dans l’après-midi, et je remonte à la poupe une fois que nous sommes arrivés proche de notre destination, le port de Palais, à Belle-Île.

Nous y passons la soirée. C’est vrai qu’elle est bien nommée cette île, même si on regrettera de ne pas l’avoir plus visité.

Je n’ai pas pris de photo du paysage. Mais regardez-moi ça. Les bretons ont de ces TER. L’Auvergne-Rhône-Alpes devrait en prendre de la graine.

On cuisine et on passe la nuit sur une mer qui secoue sans cesse. Marty et Clark, dans leurs couchettes cercueil à la poupe, ne passeront pas une bonne nuit du tout. Moi, j’adore être bercé, même violemment. Je dors comme un loir.

Notre fière embarcation, un Arpège Dufour des années 70, et sa capitaine, plus récente, fournée 1998.

Ce qui me marque de cette journée, même si je m’y attendais, c’est que tout est plus difficile sur un bateau qui tangue. Avec PY, on comprend vite qu’être debout en cabine est très dangereux pour notre désir de garder nos sucs dans nos estomacs. On perd vite ses affaires, étant à quatre dans un espace exigu plein de matériel. Tout est plus dur quand ça secoue. Revisser un mécanisme avait été une épreuve pour Clark quelques jours plus tôt. Marty a décidé de nous faire une bonne ratatouille pour le soir. Avec le coin cuisine minuscule et qui secoue et l’unique planche à découper, ça nous aura bien pris deux heures. Mais c’était bon. Il nous a convaincu. Il convainc souvent des gens avec ce plat. Il nous a expliqué que c’était un bon plat à faire en date, notamment à l’étranger. C’est connu dans le monde entier, avec des ingrédients trouvables même au fin fond de l’Indonésie.

Un vrai Don Juan

Il nous a aussi fait de la semoule au lait. Je ne recommande pas de faire ça en date, ni ailleurs. Avec des ogres affamés à la limite.

Jour deux, je suis sur le qui-vive. J’espère pouvoir naviguer sans sortir mes tripes. Et cette fois, j’ai du Mercalm, le médoc pour le mal des transports. Je ne le prends pas de suite, dans l’espoir d’être amariné, mais mon espoir est vite douché. Je prends le médoc, puis je passe mon temps à m’allonger entre deux actions, en attendant qu’il fasse effet.

Et ça marche. La nausée disparait, et je ne me sens plus faible comme avant. Maintenant, je me sens stone, et j’acquiers une grosse flemme de faire quoi que ce soit. Comme je ne suis découvrir la voile, et non pas vomir, dormir et rester assis à l’arrière, je fais des efforts. Je ne suis pas force de proposition, mais je me dévoue pour bosser sur quelques manœuvres, et je tiens souvent la barre, ce qui représente un effort acceptable, vu qu’on reste assis. C’est un exercice intéressant. Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, notamment quand on navigue vent debout : le cap et sa proximité avec la direction du vent et le gîte principalement. Et tout ça est susceptible d’évoluer. Le vent forcit, baisse, tourne. Il faut soit adapter la barre, soit les voiles. Après trois jours, je suis loin encore d’avoir toutes les subtilités qui font adapter l’un ou l’autre.

J’opère plusieurs virements de bord impromptus, ce qui donne du travail aux autres avec les voiles.

Le virement de bord non maitrisé, l’équivalent d’un bon drift pour le voilier. Attention à la bôme néanmoins.

En parlant de travail, je me rends compte de la quantité de choses que Clara a appris aux Glénans. Déjà, il y a tout un vocabulaire à apprendre. C’est simple, il y a un mot nouveau pour tout. Ce qui est amusant, c’est aussi de voir les nouvelles choses qu’elle perçoit avec son œil expert. Elle a développé un détecteur à vent. Quand je galère à maintenir le cap sans comprendre pourquoi c’est devenu plus dur, elle m’explique que le vent a tourné ou baissé. Elle me montre sa direction et les indices qui permettent de comprendre sa vitesse, comme les moutonnements sur les vagues.

Vous voyez la mer, elle voit une grosse pétole

La voile, c’est un sport pour gens patients. Parfois, on a le frisson de la vitesse. Mais d’autres fois, c’est la pétole. Le bateau avance lentement, et c’est comme ça. On profite du paysage, du coucher de soleil s’il est là.

ça fait plaisir, quand il est là

On a passé quelques temps à chanter, en mettant l’accent sur nos meilleurs chants de marin. J’ai passé un moment à divertir mes camarades en leur lisant les derniers articles du monde sur Bernard Arnault. Saviez-vous qu’il possédait une île de 54 hectares aux Bahamas ? Plus proche de nous, Bolloré possède une île aux Glénans. Plus proche encore, le Golfe du Morbihan lui-même est infesté de milliardaires qui y possèdent îles et villas. Si vous essayez de bivouaquer sur la plage de l’une d’entre elle, vous verrez venir leurs services de sécurité. Pas toujours des types sympas. Le gardien de Bolloré est un néonazi notoire.   

Je possède une liste de propriétés de milliardaires. Je trouve intéressant de voir où ils s’installent. Si un service juridique me lit, je fais ça par pur intérêt scientifique. J’adore la géographie et je n’appartiens à aucune organisation radicale. Pas encore en tout cas !

Après quelques temps à profiter de plages et d’une mer calme, nous rentrons au port d’attache du Bono, sur une rivière se jetant dans le Golfe du Morbihan. Il faut donc le traverser, et c’est la partie la plus compliquée du voyage.

En effet, outre ses milliardaires, le golfe est balloté par des vents continentaux changeants, faibles, et pour notre trajet, contraires. On y trouve aussi de nombreux obstacles, le long d’un chenal étroit. Alors que nous parvenons tant bien que mal à nous frayer un cap, le vent forcit un peu, ou je fais de la merde je ne sais comment, et on opère un virement de bord impromptu. On se débrouille pour faire faire un 360 au bateau et reprendre notre cap. Clark reprend la barre pour négocier les dernières manœuvres rendues plus périlleuses. Mais naviguer à la voile devient finalement impossible quand (encore moi) je laisse un plan s’envoler. Puisqu’on n’est pas là pour polluer, on part le repêcher, avec succès, et on reprend finalement notre voyage au moteur.

En conclusion

La voile, ça me parait être un sport technique, qui demande une concentration soutenue, de l’observation et du sang froid, quand les conditions se dégradent.

Je vois une beauté au fait de sillonner la mer sur une coquille de noix, dépendant d’un vent capricieux, à la merci d’un environnement qui peut nous déchiqueter s’il se dégrade. Mais on s’en sort, on file, petite coquille sur l’immensité, et on ne laisse pas de trace sinon un peu d’écume qui disparaitra bientôt.

Et un plan touristique, si on ne part pas le repêcher.

Je souris là, mais je suis très concentré à ne pas enclencher un virement de bord accidentel

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