Maurice #37 : chantier de sentier

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Il y a presque 3 mois, on a decouvert avec Anna un sentier qui montait sur une belle montagne au dessus de Port-Louis : le rocher de l’escargot. Parce qu’on dirait un escargot sous un certain angle.

Quelle montagne de beau gosse !

Bon voilà sauf qu’en y allant, on a aussi découvert que le sentier n’existait quasiment pas ou plus, je sais pas. Il y avait seulement quelques vieux marquages épars, des herbes hautes et des brousailles partout. Et comme je n’avais pas autre chose à faire, j’ai décidé de refaire le sentier. J’ai acheté une machette et j’ai posté un message sur un groupe de trailers. Tout le monde trouvait que c’était une bonne idée et j’ai même eu quelques conseils et des gens chauds pour aider.

Le trajet complet fait 6,5 km.

Pour se rendre au départ du sentier qui n’existe pas, il faut commencer par marcher une grosse heure et gravir la montagne des signaux. Ensuite, je suis un chemin 4×4 sur une petite demi-heure. Enfin, je sors la machette et je commence à degager la longue crête qui mène à l’escargot.

Reportage exclusif

Le premier problème, c’est la chaleur. Toute l’ascension se fait plein nord et est relativement abritée du vent, les pierres noires sont brûlantes et il faut prévoir vraiment beaucoup d’eau. D’ailleurs, il n’y a ni source, si cours d’eau sur cette montagne. Le second problème, c’est les hautes herbes. En janvier avec l’arrivée de la pluie elles commencent à pousser pour faire plus de 2m de haut en mars. Debut avril, elles produisent des nuages de pollen et début mai, des tonnes de graines qui accrochent les vêtements et percent la peau. Bref, j’ai bien choisi ma période. Fin mai, les herbes sèchent progressivement et la montagne va subir plusieurs feux en juin, juillet et août qui feront de la place pour la prochaine génération. Niveau végétation, l’aridité de la montagne est aussi propice aux plantes à épines comme les acacias. Bref, il faut un pantalon et de bonnes chaussures.

Et puis après ben c’est simple, il faut couper. Couper les petits arbres, quelques grosses branches et surtout toutes les aloès qui font chier.

Finalement, j’ai seulement 1.5 ou 2 km de sentier à défricher, mais le volume de travail est énorme ! En cumulé, j’ai du passer une trentaine d’heures à couper des trucs là haut. Gros respect pour les gens qui font ça tout le temps, notamment à la Réunion où courent des centaines de km de sentiers, dont beaucoup en forêt.

Au cours du dernier mois, j’ai repéré de plus en plus de traces de groupes qui on fait le sommet. Ils laissent notamment des marquages qui m’aident beaucoup pour le defrichage : on travaille en équipe sans le savoir.

Finalement, j’ai atteint le sommet et ça me manque un peu de passer mes soirées sur la montagne, d’entendre les souris la nuit et de crier sur les chiens en rentrant dans Port-Louis. Mais au moins, j’ai réussis à faire le sentier.

Coucher de soleil au sommet

Bonus : les montagnards mauriciens

C’est assez étonnant pour moi à quel point les sentiers sont mal aménagés et mal entretenus à Maurice. Mais en fait, ça va plus loin que ça : beaucoup de monde ne comprend pas l’intérêt de faire de la randonnée pour le plaisir et encore moins comprennent le camping. Un gars m’a raconté qu’un jour où il campait, des riverains on appelé la police et les pompiers en voyant les lampes sur la montagne, parce qu’ils croyaient qu’ils étaient perdus ou blessés au sommet !

Mais pour autant, il existe des gens qui connaissent très bien la montagne. Ceux à qui on pense en premier, ce sont les trailers. Il y a pas mal de locaux, mais aussi des sud africains, des réunionnais et d’autres, plutôt riches et qui ont une pratique sportive comme on l’entend chez nous.

Ensuite, il y a les gardiens et les gardes de chasse. On ne croise presque jamais ces gens là parce qu’ils gèrent des terrains privés. Les terrains privés et fermés sont nombreux et servent souvent pour la chasse. Parfois, des groupes obtiennent des autorisations pour des sorties spéciales, mais globalement il faut éviter d’aller faire les malins là dedans.

Enfin, les vrais experts de la montagne ici, ceux qui connaissent tous les recoins, ce sont les planteurs de cannabis. C’est un business qui dure depuis longtemps et qui marche bien ici, mais c’est aussi très risqué. Je n’ai jamais vu de plantation, notamment parce qu’elle sont très bien cachées. Certaines auraient des gardiens 24/7 qui campent sur place et même des systèmes d’irrigation assez perfectionnés. Globalement, il arrive aux randonneurs un peu aventureux de croiser une plantation, mais dans ce cas là, il est conseillé de tracer et de ne surtout rien voler, sous peine de passer un mauvais quart d’heure avec le planteur.

Bref, mais tout ça pour dire que si les gardiens des forêts et des montagnes sont des planteurs, c’est normal qu’ils fassent tout pour garder leurs secrets bien gardé et tenir tout le monde loin de leur business. Mais bien sûr, la vérité n’est pas si tranchée et certains planteurs sont également guides touristiques.

5 Comments

  1. Ben maintenant faut l’appeler le sentier de Léo.
    T’as qu’à leurs y dire

  2. Pour que la bombe ne se bouche pas, quand tu as finis de t’en servir, il faut la tenir vertical, tête en l’air, et appuyer sur le bouton qq secondes afin que le conduit se vide.
    Expérience d’un ancien des TP!

  3. Votre Docteur

    Je crains que vous ne soyez devenu addict au sucre. Bien cordialement.

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