La Réunion #2 : Marcher jusqu’au bout

La première partie du récit se trouve ici.

Jour 5 : levé 6h et départ 7h de Cilaos. Il fait beau c’est fantastique. On part direct vers le col de Taïbit qui nous ouvre les portes du cirque de Mafate, réputé le plus beau des cirques de la Réunion. On quitte Cilaos, on descend, on monte, on descend, on monte. Le relief du cirque est tellement découpé et vertigineux qu’on perd un peu la notion de l’espace et on se laisse juste porter par le sentier. On a aucune idée des distances et des dénivelés parcourus sur le moment. On est dimanche et dans la montée du col, il y a beaucoup de monde qui profite du beau week end de Pâques pour aller camper dans Mafate. L’ambiance est très « vacances ». On boit un verre à Marla, le premier îlet sous le col. Un îlet c’est juste un village paumé dans la montagne. Tous les îlets de Mafate sont accessibles uniquement à pied, puisqu’il n’y a pas de route. Le ravitaillement se fait en hélico.

On marche encore un peu pour trouver un super spot de bivouac au dessus de la rivière des galets. On va se baigner dans la rivière des galets, c’est génial. Le soir, deux randonneuses viennent planter la tente à côté de la notre. On partage le repas et leur rhum arrangé, on est bien. On peut admirer la vallée sous la pleine lune la nuit.

Jour 6 : levé 6h30, on prend le temps le matin, on profite du soleil. Départ 8h. On passe la magnifique cascade de 3 roches puis on mange à l’îlet de Pierre Plate. On perd 2h à visiter l’îlet, mais il n’y a rien à voir. En fait, les îlets sont des endroits très paisibles (on croise rarement des habitants) avec des maisons éparses et il n’y a pas grand chose à voir. Aussi, à cause de la géographie déchiquetées de Mafate, il n’y a que rarement des endroits un peu plats pour mettre la tente. Finalement, on prend la route de l’îlet des Orangers pour passer la nuit.

Le gros problème de la journée c’est qu’on ne sait plus vraiment où aller. La suite du GRR2 est fermée selon la carte de l’ONF et on peut finir le sentier en seulement un jour. Mais on a pas envie, on est bien : il fait beau, il fait bon et on a un rythme qui nous plait. Le soir, ne trouvant pas de spot de bivouac, on paie un emplacement de « camping » à l’îlet des orangers. Il y a tout ce qu’il faut : un terrain plat, un tuyau d’arrosage pour se laver et boire, le tout au milieu d’une grande basse court qui nous offre un concerto cacophonique à 4h du mat. Le soir on se fait un peut plaisir et on achète des bières et une boîte de Pringles pour l’apéro. C’est cher. Le week end est fini, l’ambiance est très très calme à l’îlet des Orangers.

Jour 7 : départ 8h, il fait beau et chaud. Comme on savait toujours pas trop où aller, on a décidé de faire un tour des îlets, il y en a plein dans le coin. J’ai la méga pèche, je n’ai plus mal nul part et mon sac me parait beaucoup plus léger. On demande aux gens qu’on croise d’où ils viennent. Certains font le GR2 et confirment que même si le sentier est fermé, ça passe bien. Du coup c’est décidé, on reprend le GR2 direction St-Denis. À midi, on mange un gratiné bouchon dans un bouiboui. Le concept du gratiné bouchon, c’est de mettre des gros raviolis chinois dans une baguette coupée en 2 et de noyer le tout dans le fromage fondu. C’est très bon et très bourratif. Sinon, c’est agréable les îlets, c’est très calme parce qu’il n’y a pas de véhicules si ce n’est quelques hélicos le matin. On entend surtout les basses courts et quelques chiens. On croise rarement des habitants. J’ai l’impression qu’il y a une bonne proportion de rastas dans les habitant.

On est assez bas en altitude, il y a beaucoup d’arbres fruitiers : longan, jamblon, mangues, goyaves, goyaviers, papayes, mandarines et pamplemousses. C’est la saison des jamblons, des goyaves et des mandarines et on en profite pour prendre quelques vitamines en chemin. C’est cool d’avoir appris à reconnaitre tous ces bons fruits pendant l’été à Maurice !

L’après midi on s’arrête à l’îlet d’Aurère. On va au camping de l’îlet qui est moins cher que la veille et offre de vrais sanitaires et même une douche chaude ! Cette nuit là, la pleine lune met du temps à se lever et nous laisse 2 bonnes heures pour admirer les étoile. On admire le plus beau ciel depuis qu’on est dans l’hémisphère sud et on s’endort sous la voie lactée.

Jour 8 : aucun nuage ce matin, donc pas de pluie. C’est notre feu vert pour tenter la traversée de la rivière des galets, qui devrait être notre plus grosse difficulté cette section fermée du sentier. On descend la montagne et on arrive au premier gué en même temps qu’un local. Nickel, il suffit de le suivre. Les gars d’ici sont tout secs et gambadent sur les sentiers en savates et à la vitesse de la lumière, ils ne sont pas très locaces mais sont toujours sympas avec nous, les zoreils.

Dans la rivière, il y a pas mal d’eau et de courant mais on arrive bien à traverser les deux premiers gués. En revanche les troisièmes et quatrièmes sont bien chauds et il faut vraiment se concentrer pour pas se faire emporter. On se sent d’autant plus con quand on voit que le local ne les a pas emprunté parce qu’il y avait un autre chemin… M’enfin on en profite pour se baigner avant d’entamer la longue montée vers Dos d’ane, le dernier village qu’on doit traverser. Le chemin n’a pas été nettoyé depuis les cyclones de cet été et la progression est un peu plus difficile que d’habitude. Mais ça va, même à l’abandon ce sentier est bien meilleur que la plupart des sentier mauriciens !

Le bas de Mafate

On arrive à Dos d’âne vers 13h. C’est un patelin miteux et humide sans grand intérêt. Les seuls habitants que nous croisons sont une bande de poivrots qui regardent les voitures passer devant la supérette du village. On se ravitaille, on mange et on continue. On se prend la pluie pour la première fois depuis 4 jours. Ca met le moral d’Anna dans ses chaussettes, elle en a marre de marcher. Mais le GR n’est pas fini, on continue. Le sentier est mal entretenu, on passe des passages délicats sous la pluie, c’est compliqué. Finalement on plante la tente dans la brume, sur un petit emplacement en pente. Je dors mal.

Jour 9 : le réveil sonne à 2h30 du matin. Je regarde dehors, il n’y a pas beaucoup de nuages, c’est ok. Le but est d’arriver au sommet de la Roche Ecrite (notre dernier sommet) au petit jour, maximisant ainsi nos chances de ne pas se retrouver dans le brouillard comme des cons. C’est audacieux, mais ça se tente. On arrive à plier le camps et à partir pour 3h30. On arrive au sommet vers 7h30, c’est une réussite : aucun nuage sur l’île, on voit même le volcan, le départ de notre périple ! On profite de la vue et du soleil pendant 2 bonnes heures.

Enfin, on attaque la dernière longue descente jusqu’à Saint-Denis. Le sentier est très boueux et glissant, c’est un petit peu galère. Finalement on arrive au village du brûlé et on prend le bus, c’est officiellement finit. Pour finir en beauté le GR et comme on en a marre d’être tout le temps mouillés, on va à l’Hermitage, à l’ouest de l’île pour passer la nuit sur la plage, à côté d’un des seuls lagons de l’île.

Dans l'hémisphère sud, le vent dominant est de l'Est vers l'Ouest (c'est l'inverse dans l'hémisphère nord). Du coup, l'Est de la Réunion est très arrosé parce que les montagnes bloquent les nuages apportés de l'océan par le vent d'Est. Inversement, l'Est est très sec et c'est là qu'on trouve notamment les salines, qui ne peuvent fonctionner que si il pleut rarement. On retrouve la même chose à Maurice, dans une moindre mesure parce qu'il y a moins de montagnes.

Conclusion de ces 9 jours de GR :

Au final, on a marché environ 150km et fait 9000m de dénivelé. Si la carte ne s’affiche pas, vous pouvez la trouver ici.

Épilogue

On a profité de nos deux derniers jours sur place pour visiter Saint-Denis et un peut fortuitement pour faire la fête. La Réunion c’est quand même très différent de Maurice, un peu comme si c’était la même base mais avec un voile français qui assainit et stérilise tout sur son passage. Finalement on préfère les villes Mauriciennes avec leur chaos ambiant.

Mais quand même, à la Réunion on croise plus de jeunes et de femmes dans les rues, et les gens peuvent s’habiller comme ils veulent. Je réalise à quel point les Mauriciens sont conservateurs et paternalistes et je comprend mieux pourquoi beaucoup de jeunes Mauriciens quittent le pays.

Bref, c’est deux pays complètement différents mais avec la même base culturelle, c’est étonnant.

Finalement, on a croisé beaucoup plus de métropolitains que de réunionnais pendant ce voyage. En fait, beaucoup d’étudiants arrivent à trouver des stages à la Réunion et en profitent pour visiter. Il y a aussi des jeunes actifs qui viennent tenter leur chance ici. Il y a notamment beaucoup de médecins, d’avocats et d’infirmières qui viennent pour travailler et s’installer dans ce petit paradis. Le problème est que tout le monde a eu la même idée, donc le marché de l’emploi est bouché donc ils galèrent beaucoup pour trouver un taf et/ou ont des conditions de travail pas géniales géniales.

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Un commentaire

  1. Bravo les jeunes. Super expérience.

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