La Réunion #1 : Marcher sous la pluie

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Du 12 au 23 avril, on était à la Réunion avec Anna pour tenter le grr2, le sentier qui traverse l’île du nord au sud. Mais comme on est des fous, on l’a fait du sud au nord. Récit et photos en exclusivité pour le média Bivouhack Live.

Jour 0 : On arrive dans un petit avion à hélice de Air Mauritius. Il y a peut être 50 places mais on est 10. Tout est simple, on doit juste montrer un test antigénique négatif et notre passeport. Efficace. A Saint-Denis, il fait beau mais dans les hauts, on voit clairement qu’il pleut partout. Ca donne le ton des jours à venir.

On fonce dans un centre commercial pour acheter une bombonne de gaz vissable : impossible à trouver. On se rabat sur de la bouffe froide, tant pis. On part sur un régime basé sur des galettes Old El Paso et du fromage sous plastique. On verra plus tard pour la gastronomie Réunionnaise.

Enfin, on choppe le bus pour Basse Vallée à côté de Saint-Philippe, dans le sud au pied du volcan. On voit la mer du cap méchant, qui porte assez bien son nom et on va monter la tente pour une nuit chaude et humide (ne vous y méprenez pas, ça n’a rien d’agréable) dans la basse jungle et les plantations de vanille.

Jour 1 : levé 6h, départ 7h. Pluie à partir de 9h, jusqu’au soir presque sans interruption. Mon sac est très lourd, on n’est pas entrainés mais le mauvais temps et le froid nous empêchent de faire des pauses longues et surtout de planter la tente. Il fait chaud en bas, mais la température baisse vite avec l’altitude, la pluie et le vent. On marche 11h et presque 2500m de dénivelé positif pour arriver au gite du volcan. On arrive au gite vers 18h trempés jusqu’aux os et on hésite pas une seconde à payer les 100 balles pour avoir des draps sec et de la bouffe chaude.

Dans le gîte, il y a une bonne ambiance refuge, on fait de bonnes rencontres et on mange bien. C’est la première nuit en refuge pour Anna. D’ailleurs, elle m’a bluffé aujourd’hui, elle n’a pas bronché de la journée et semble plus en forme que moi. J’ai mal aux jambes et aux hanches mais surtout j’ai froid. Je met 3 heures à me réchauffer dans mes vêtements mouillés. Si ça va être comme ça tous les jours, les 10 jours de treks vont être longs, je suis un peu inquiet.

Un mec nous dit qu’il est possible d’acheter des bombonnes de gaz et louer du matériel de rando à une entreprise qui peut même l’amener directement à l’aéroport : Lokanoo. Dommage qu’on l’ai pas su plus tôt, ça nous aurait bien simplifié la vie !

Jour 2: départ 8h, bien dormi au sec et le ventre plein. Il ne pleut plus mais vu la brume et notre journée de la veille, on décide de ne pas faire le sommet du piton de la Fournaise et de juste continuer le GR. On marche 3h sur le volcan, dans la brume, c’est très joli voire carrément lunaire. Vers midi il y a même un peu de soleil, on est plein d’espoir, on voit une magnifique ravine (je crois qu’on dit une ravine mais en vrai c’est un méga canyon, voire juste une vallée).

Notre premier point de vue dégagé de la Réunion

Mais la Réunion nous rappelle que c’est pas nous qui décidons et on passe l’après midi sous la pluie dans un sentier très boueux et plein de racines à la con. La progression est très compliquée. J’ai l’impression qu’Anna n’avance pas, du coup ça m’énerve, du coup ça l’énerve, du coup il faut mauvais et ya une ambiance de merde. On tombe sur un chien allongé au milieu du sentier, il nous suit. Quand on sort des biscuits il nous saute dessus, il a l’air d’avoir très faim. On aime pas les chiens, mais ça va il est sympa. On l’appelle Textor, du nom d’une montagne qu’on vient de passer. En fin d’aprem, on arrive dans la plaine des Caffres, il fait mauvais on a bien froid et il n’y a aucun spot pour mettre la tente. Finalement on trouve un petit carré de pelouse miraculeusement bien drainé au bord de la route pour passer la nuit. Textor est encore là.

Bilan : on a fait que de la descente douce aujourd’hui mais on est quand même crevés et toujours trempés. Heureusement, on a emballé toutes nos affaires stratégiques dans des sacs poubelles, ce qui nous permet de passer une bonne nuit dans des duvets secs.

Jour 3 : on se lève et on plie la tente dans la brume épaisse qui n’a pas bougé depuis la veille, le soleil nous manque. Textor est encore là et on le nourrit à base de galettes et de biscuits. Départ à 7h10. On continue le sentier vers le Piton des Neiges et on croise quelques personnes. Comme le sentier n’est pas très fréquenté, on prend le temps de discuter avec tous les gens qu’on croise. Apparemment il fait beau en haut, on regagne de l’espoir. On croise même un mec qui nous assure n’avoir eu que du soleil depuis 4 jours : cette île est pleine de surprises.

On fait toujours plus que le temps prévu sur les panneaux. Par exemple : les chalets chépluquoi sont indiqué à 45 minutes, on marche 1h30 en galérant dans la boue et on arrive sur un panneau qui indique les chalets à 20 minutes. Relou ! Mais d’un autre côté, les sentiers sont très bien entretenus et il y en a beaucoup. A côté de Maurice, c’est clairement un paradis de la randonnée et du trail et les moyens mis en œuvre pour rendre ça possible sont impressionnants.

Textor le toutou

On marche bien et on arrive au refuge vers 14h30. Effectivement, il fait plutôt beau et on a quelques superbes vues sur Cilaos, un superbe cirque entouré de remparts de 1000m de haut, c’est super. Les gardiens du refuge sont très sympas et on peut poser la tente sur un des rares terrains plats à côté. On passe l’aprèm à boire du thé et à discuter avec un couple de randonneurs, c’est top. Le soir, la pluie est de retour. Textor nous suit toujours et un mec nous file des croquettes pour lui. D’ailleurs, on apprend aussi qu’il y a beaucoup de chiens abandonnés à la Réunion et que c’est courant qu’ils suivent les randonneurs gentils en quête de bouffe.

Le refuge du Piton des Neiges, par beau temps (tout est relatif)

Jour4 : levé et départ 4h du mat pour aller voir le levé de soleil au sommet du Piton des Neiges, sommet de l’océan Indien à 3100m d’altitude. On est samedi matin, il y a beaucoup de monde qui monte. On arrive dans les premiers au sommet et on peut admirer la longue guirlande des frontales des randonneurs qui viennent aussi tenter leur chance pour admirer ce super levé de soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube arrivent sur une mer de nuage somptueuse à l’Est, on assite à un couche de lune à l’Ouest sur Cilaos. Alors que tout s’annonce pour être le levé de soleil du siècle, un violent vent d’est se lève et nous balance la mer de nuage à la gueule en quelques minutes. On est plongés dans le brouillard, la bruine glacée et un vent à décorner les bœufs : remballez tout ya rien à voir.

On redescend au refuge, on prend un thé et on plie la tente sous la bruine. On entame la longue descente vers Cilaos. Il y a énormément de trailistes qui nous doublent en courant : l’ambiance est radicalement différente par rapport à la première partie du GR (on a croisé que 8 randonneurs sur nos trois premiers jours de marche). Textor nous abandonne au profit d’un groupe qui lui a filé du saucisson et c’est tant mieux.

La descente vers Cilaos, la ville des lentilles et de la dentelle.

A Cilaos, il fait beau, c’est notre premier vrai jour de beau temps depuis le début. On prend le temps, on profite un peu de la ville et des sentiers alentours. C’est une petite ville de montagne entourée par des remparts gigantesques, c’est impressionnant. On fait également des courses au leaderprice pour pouvoir bien bouffer pour la suite. Le soir on va dans un resto de cuisine traditionnelle réunionnaise à volonté. On se fait exploser le bide.

Le Piton des Neiges depuis Cilaos

Au terme de ces 4 jours de marche, on a déjà un bon rythme : on se lève avec le soleil à 6h et on tombe de fatigue à 20h30 ou 21h. On commence à s’habituer aux sacs et à la marche, mais j’ai un genoux qui fait chier et on est pas encore à la moitié du périple. Mais à mesure que je m’habitue à la marche, Anna, elle, se fatigue. On a déjà fait plus de 4000m d+ et 70 bornes.

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3 Comments

  1. Vous y êtes allés un peu fort non?

  2. Pingback:La Réunion #2 : Marcher jusqu’au bout – BivouHack Live

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