Le Bolivouhack selon Pivot #3  : La descente de la vallée de Sorata

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J’ai retrouvé Flétan et Guillaume dès mon arrivée à La Paz et une bonne partie de ce qu’on a fait tous ensembme est raconté dans leurs articles. Après le lac Titicaca, on a décidé de descendre vers l’Amazonie par une petite vallée un peu isolée. La piste qui descend sur 200km est très peu empruntée et nous avons dû nous séparer je vais donc raconter ici mon expérience de ces 3 jours de Sorrata à Mapiri. Flétan raconte sa propre expérience dans son article :

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Le vendredi 12 août on part en binôme en stop avec Guillaume. Léo est parti plus tôt le matin et on préfére prendre un vrai petit déjeuné Completo avec Alexis et Marty qui vont faire la route en moto. On nous propose pour la première fois du chocolat chaud donc on est heureux d’avoir quelque chose de sucré pour une fois le matin. Malheureusement c’est uniquement de l’eau chaude avec un peu de chocolat noir et ce qui semble être de l’huile. En ajoutant du sucre en poudre ce n’est pas si mal en vrai par contre on a encore du mal à s’habituer au plat de riz/steack au petit déjeuné.

Avec Guillaume on quitte la ville a pied en espérant qu’un camion nous prenne en passant. Ils sont entrain de bétonner la rue principale et il y a pas mal d’engins qui s’activent. Faire ce genre de routes de montagnes debout dans la benne d’un camion c’est vraiment génial mais malheureusement personne nous prend. Finalement on se retrouve au pied d’une grande montée et on préfère ne pas marcher plus loin car les véhicules n’aiment pas s’arrêter en montée. Un taxi nous prend, il restait que 2 places serrées avec nos sacs sur les genoux : heureusement que Léo est parti plus tôt.

La route en sortant de Sorata

Avec Guillaume on a donc le temps de beaucoup discuter, expatrié 1 an en Biélorussie, il a raté beaucoup de chose à Lyon et il a pleins de trucs à raconter. C’est sympa cette première journée séparée on se confie plus facilement qu’à 5. Par contre nous sommes les deux plus mauvais en espagnol et on s’en veut dès la première voiture : le taxi nous dépose à une intersection et continue sur la route de Mapiri alors qu’on pensait qu’il allait tourner. Il y a très peu de trafic,  il est midi et il nous faudra à nouveau plus d’une heures pour retrouver une voiture qui va dans la bonne direction…

C’est une ambulance Land-Rover qui passe et nous permet de monter à l’arrière à côté des cartons de vaccin. On rattrape même l’autre binôme qui fait une pause en moto et Léo qui faisait la route à pied que l’on embarque dans notre ambulance en passant. Malheureusement, on arrive pas très bien a discuter avec le conducteur (médecin ?) On se pose pleins de questions sur le système de santé Bolivien ou sur le paludisme en bas de la vallée mais il réponds à chaque fois a côté de la plaque c’est dommage. Ils nous explique tout de même qu’en Bolivie 40% de la population est vaccinée contre le Covid 19 mais que dans cette vallée c’est beaucoup moins dixit : ” Il n’y a pas de Covid ici !”.

La vallée est magnifique, les échelles sont gigantesques et on est collé à la vitre à chaque virage. Il nous dépose à un village important perché sur une crête : Tacacoma 

Après voir discuté un peu dans le village on va monter le campement sur un point de vue un peu plus loin. C’est la dernière nuit qu’on passe avec des températures négatives, le vent sur la crête n’aide pas du tout mais la vue est magnifique, une mer de nuage s’étend devant nous.

L’arrivée de Marty au campement

Le lendemain je repars en stop avec Alexis car Guillaume descend en moto avec Marty. On décide de commencer la descente à pied en espérant trouver une voiture une fois arriver sur la route principale. En réalité la route est désespérément vide ; on marche jusqu’à 15h et on aura le temps de descendre 2000m de dénivelé avant de trouver une voiture.

En chemin on croise des villageois qui construisent un mur de soutainement en pizé. Ils on un petit coffrage qu’ils déplacent progressivement et un mec frappe la terre avec un énorme pieu en bois. Avec Alexis, on est assez curieux car il va commencer un stage dans une entreprise qui fabrique des briques en terre et j’ai redécouvert ce type de construction cette année (je vous recommande la BD Terre de Léa). Dans les villes tout est construit en briques de terres cuites qu’ils déchargent du camion à la main (je n’ai pas vu un seul tas sur une palette). Ici ils sont loin de tout et on voit beaucoup plus de maisons en pizé. Les villageois nous explique que cette technique s’appelle ici Tapila.

Dans cette vallée il n’y a aucun terrain plat. Contrairement aux vallées glacières alpines qui sont en U, ici le fond de la vallée est très sombre et la rivière passe dans des gorges tout en bas. Les villages sont donc en altitude et ce mur va servir à sécuriser une maigre terrace. On contemple le versant d’en face dont les pentes sont de plus de 40% et je me demande comment le mur va résister à l’humidité lors de la saison des pluie. Ils ont 1 an de précipitations répartis sur 2 mois par an (janvier/février). Il doit y avoir des glissement de terrain partout.

Il est plus de 13h quand les 2 premiers véhicules passent sur la piste. Ce sont des pickups déjà largement chargé avec du matériel et des passagers dans la benne, ils ne peuvent pas nous prendre en stop. On continue donc de descendre à pied avec Alexis et on passe devant des bâches sur lesquelles du maïs et des feuilles de coca sont entrain de sécher. C’est sensé être illégal dans cette région de cultiver de la coca mais cette vallée ne semble pas affectée par la loi et la police. D’ailleurs aucun véhicule n’a de plaque d’immatriculation ici, on nous explique que ca coute très cher et que c’est toléré si on reste dans la vallée. Cela doit aussi leur permettre d’acheter des véhicules non déclarés ou volés. Marty compte revendre sa moto dans ce genre de pueblo à la fin de son voyage car elle est immatriculée en Colombie et le faire légalement serait beaucoup plus compliqué.

La route descend ensuite sur 18km en épingles jusqu’au prochain village. Alors qu’on s’engage, un paysan typé européen nous interpelle et nous indique un raccourci qui coupe raide. Il mène à sa maison à mi pente où sa femme nous sert un verre de chicha et nous offre un bol de maïs au fromage. Ils n’ont pas d’électricité ici et doivent allumer un générateur le soir. C’est très rare comme situation, jusqu’à présent nous avions été surpris à quel point tous les villages, même les plus isolés sont reliés au réseau électrique.

Un conducteur d’engin qui part travailler dams une mine d’or un peu plus bas s’arrête manger également dans l’échoppe de cette famille. Il accepte de nous descendre gratuitement en 4×4, on termine donc le repas avec lui. Tout le monde est sympa dans ce coin décidément ! On discute beaucoup il s’intéresse à la France et on lui pose des questions sur la vallée.

Juste avant le couché du soleil on est pris par un taxi qui va de Quiabaya à Conzata. On y mange dans un petit restant et on trouve une chambre pour la nuit mais nos 3 amis ont de l’avance et on décide de continuer à faire du stop toute la soirée au bord de la route principale au cas où un véhicule peut nous emmener un peu plus loin.

C’est tout de même assez dangereux de circuler sur cette piste de nuit, le taxi avait un phare HS et on ne voyait pas grand chose. À cet altitude la piste est beaucoup plus étroite, elle serpente dans les gorges et de la végétation dense pousse de chaque côté. Chaque croisement avec un camion est difficile mais ça passe toujours à pas grand chose. Il y a également beaucoup plus d’ornières qu’en altitude, c’est peut-être parce que c’est plus humide par ici. En tout cas c’est impossible de circuler sans 4*4 jusqu’à Mapiri.

En s’installant devant une tienda pour attendre, on aborde les 2 enfant qui le tiennent en attendant leurs parents. Ces derniers ne tardent pas à arriver et sont vraiment adorables. Encore une fois ils s’intéressent à nous et nous expliquent les choses avec passion. Alexis sort la carte de France et de Bolivie qu’il a photocopié et on parle de pleins de sujets toute la soirée :

  • Différences de climat et de mode de vie
  • Présence supposée de la cité inca de paititi dans la montagne du coin
  • Analyse des minéraux trouvés par Alexis dans la mine et le père nous montre sa collection de pépites d’or
  • Coût du voyage et différences de niveau de vie
  • Politique, Franklin le père est critique envers Evo Morales mais on sent que c’est un sujet sensible
  • Religion, ils sont chrétiens évangéliques et ne comprennent pas qu’on ne puisse pas croire en dieu.
  • L’arrivée du téléphone et d’Internet dans la vallée depuis 10-15 ans
  • De nombreux autres sujets

“Je n’ai pas les moyens de voyager donc discuter avec des étrangers comme vous c’est ma façon de voyager”

Franklin mineur à Conzata
Franklin devant sa tienda à Conzata

Le lendemain matin on attend encore 2 h avec Franklin et sa femme avant qu’un premier véhicule passe et nous prenne. C’est encore une fois un mineur partant travailler, il y a des mines d’or partout par ici. Il nous dit que les galeries peuvent faire plusieurs centaines de mètre de long et que ces gisements sont connus depuis l’époque des incas. La rivière en elle même est une énorme mine à ciel ouvert sur une cinquentaine de kilomètres. Léo décrit bien dans sont article la situation plus bas vers Mapiri où la rivière est détournée de son lit pour pouvoir tout excaver et filtrer. Plus on descend, plus les impacts sur l’environnement sont importants. (en photo un pan de montagne coupé au bulldozer)

Après avoir fait un bout de trajet dans la voiture d’un producteur de bananes qui descends quelques régimes à Santa-Rosa, on est pris en stop par un propriétaire de mine d’or. Il nous explique qu’il y a eu un gros afflu ces 5 dernière années depuis que la rivière est exploitée massivement. Lui sur son terrain pour chaque 700g d’or qui sont extraits il en ponctionne 300g et arrive à gagner jusqu’à 10 000 Bs par mois alors que le salaire minimum est de 1800 Bs. Malgré tout ça, il nous fait payer 50bs pour le trajet ce qui est hors de prix comparé à tous les transports précédents. On comprendra vite qu’à Mapiri l’ambiance n’est plus la même que plus haut dans la vallée.

On retrouve tout le monde à l’entrée de Mapiri, on est enfin réunis. On sent qu’on a complètement changé de climat, la chaleur est étouffante et l’absence de pluie dans cette région minière recouvre absolument tout de poussière. On tente d’aller se rafraîchir et se laver dans une rivière comme beaucoup de locaux ce dimanche après midi. Alexis, lui préfère rester sur le bord faire des ricochés car l’eau lui semble trop polluée. C’est vrai que l’eau et les galets autours sont très rouge et il y a sûrement plusieurs mines en amont mais on ne résiste pas à l’appel de la fraicheur.

La rivière qui sert aussi de carwash

Ces quelques jours de stop dans la vallée nous ont permis de rencontrer d’avantage de locaux après être resté tous les 5 dans la zone touristique du lac Titicaca. Ça nous a fait beaucoup de bien je pense et ça nous donne d’avantage envie de découvrir les reculées du pays. Ce n’est pas tout à fait fini car Mapiri est une ville importante (20 000) habitants mais ce n’est pas complètement un retour à la civilisation : il n’y a pas un seul distributeur de billets…

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3 Comments

  1. Merci Pivo pour ce beau reportage riche d’informations et pour les belles photos

  2. Pas de souci ça fait plaisir !

  3. marie pierre

    merci pour ce blog et vos récits de voyage. bravo pour les descriptions très détaillées qui nous mettent dans l’ambiance de votre vie quotidienne.
    prenez soin de vous et bonne continuation

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