Le Bolivouhack selon Pivot #8 : Rencontres à Cusco

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Erik et son agence

Après mes vadrouilles solitaires dans la vallée sacrée des incas, me voilà de retour à Cusco alors que la nuit tombe. Mais cette fois-ci le contexte est différent : pas d’hôtel ou de camping solo, je vais dormir chez l’habitant. J’ai rendez vous directement chez Erik, mon hôte CouchSurfing. Ce jeune trentenaire originaire de Lima a lancé son agence de voyage avec 2 associés. La maison où ils vivent, dans les beaux quartier sud de la ville, sert à la fois de coworking pour leur agence et de coliving avec les collègues. Je suis donc en réalité l’hôte de 4 personnes et je dors sur le canapé de la salle de travail.

Ce genre d’agences pullulent à Cusco mais eux n’ont pas pignon sur rue et opèrent entièrement sur les réseaux sociaux. C’est une stratégie qui marche pas trop mal mais ils ne se différencient clairement pas à travers leurs offres : Machu-Pichu, Montagne des 7 couleurs, Sites incas… ils servent uniquement d’intermédiaires pour trouver un guide et réserver les hôtels des touristes qui réservent leur séjour “all inclusive”. Personnellement, c’est le genre de tourisme que je déteste, et c’est peut-être pour ça que je cherche toujours à ne pas faire comme les autres.

Le premier soir ils travaillent tard jusqu’à 20h, je profite de la grande salle de bain pour enfin prendre une douche (OMG il y a une vraie pomme de douche !!!). Il y a un vrai petit supermarché dans la rue, je propose donc de cuisiner pour le soir. Ça me fait vraiment plaisir d’avoir accès à une cuisine et ça m’avais manqué de pouvoir cuisiner un repas. Bon soyons honnête, ce n’était pas de la grande cuisine mais je suis passé pour le Français de service et j’ai confirmé tous leurs clichés. À la base j’ai tenté de faire une poêlée mais ils n’ont pas nos légumes méditerranéens (courgettes, poivrons…). De toutes façons, tout le mélange s’est transformé en purée. Étonnamment, j’ai trouvé de la crème dans la supérette et c’est ça qui a tout rattrapé. Quand on arrive dans les Andes on se ne tourne qu’à la street food inconnue en France mais après un mois, qu’est-ce que ça fait du bien de pouvoir cuisiner autre chose !

Une rencontre au lac

Mardi 13 septembre, je décide de rester une deuxième nuit dans cette colloque un peu atypique car Erik organise un apéro CouchSurfing le soir. On a pas eu le temps de vraiment discuter et il y a pas mal de monde déjà inscrit sur l’événement donc ça va être sympa. Ça me fait donc une journée de plus à passer à Cusco et une chose est sûre : je ne vais pas visiter de ruines Inca aujourd’hui je commence à en faire une overdose ! On cherche des idées alternatives et Erik me parle d’un ami à lui qui tient une base nautique sur un lac dans les environs. Le choix est fait, je les laisse travailler et je prends la route !

Bon en réalité c’est pas si simple :

  • je prends le bus pour le centre ville,
  • je vais au magasin de location rendre la gamelle qu’on avait emprunté pour le treck,
  • je passe au marché pour manger un grand plat de riz à la cubaine
  • je vais dans un autre quartier prendre un collectivo pour Izcuchaca
  • là bas je trouve le point de départ des collectivos pour le lac et on attend 15 minutes que le minibus se remplisse
  • Je descends à 13h30 à la base nautique / camping du lac de Huaypo

Ça semble compliqué mais en réalité tout s’enchaîne très bien et c’est vraiment pas cher. En France ça aurait impossible d’aller dans un coin paumé à 1h30 de la ville sans avoir sa voiture perso.

Le camping avec son troupeau de lamas

Sur place il n’y a pas grand monde à part un groupe de touristes qui lèvent le camps (ou plutôt qui partent pendant que leurs guides locaux démontent les tentes…). Comme le hasard fait bien les choses je tombe tout de même sur Lucia une péruvienne de 31 ans qui a pris un bungalow dans le camping et passe également la journée seule au lac. Coup de chance supplémentaire, elle travaille en Nouvelle-Zélande et parle parfaitement anglais. Inutile de vous préciser qu’on a passé l’après-midi ensemble et qu’on a beaucoup discuté.

Le vent est fort et il ne fait pas bien chaud au bord du lac, c’est à ces moments là qu’on se rappelle qu’on est à 3500m d’altitude. Malheureusement, ici ils ne connaissent pas la voile ! Comme sur le lac Titicaca, ici il n’y a que des bateaux à moteur, à rame ou à pédale… C’est ultra dommage parce que j’aurais bien fait de la planche à voile ou autre chose car les conditions sont idéales. Pour ceux qui cherchent une idée de business je pause ça là : il y a clairement un écosystème de la voile à développer au Pérou pour en faire la nouvelle Bretagne andine ! 😎

A la base on voulait louer un kayak 2 places avec Lucia mais avec le vent on allait plus reculer qu’avancer donc on se rabat sur une promenade autour du lac. C’est vraiment sympa, on passe à travers des petits champs et on voit que c’est un coin de campagne bien vivant. On croise pas mal de paysans qui travaillent la terre à la main, enfin, avec un outil qui ressemble à une pioche en bois. Ils s’occupent également d’irriguer les parcelles en pompant dans le lac. On croise également des troupeaux de moutons et un âne attaché sous un arbre. On se pose là et on est juste trop bien, c’est un peu la journée de repos pas de visite, pas de grande marche. Nous discutons juste allongé dans l’herbe au soleil à côté de notre âne.

Lucia fait sûrement parti des 1% des péruviens les plus privilégiés. Elle a grandi à Miraflores, cette bulle ultra riche au cœur de Lima dont j’avais parlé dans mon premier article. Elle a pu faire des bonnes études et sa famille avait suffisamment de ressources pour l’envoyer travailler à l’étranger. Elle a voyagé à travers le monde et fait toutes les destinations qu’on peut s’imaginer. Là par exemple, après ses vacances au Pérou, elle va rentrer à Wellington en passant par l’Espagne, Israël et la Thaïlande pour rendre visite à des amis quelques jours à chaque fois. A force de vivre dans la jet set, elle a besoin de chercher le calme de temps en temps et c’est ce qui est arrivé cette semaine là. Elle “étouffait” à Lima, elle a donc décidé sur un coup de tête de prendre un avion pour Cusco et d’aller passer quelques jours à la campagne.

Personnellement ce genre de personne m’horripile et en particulier certains de ses comportements. Le vote est obligatoire au Pérou mais elle s’en fou de la politique et ne vote jamais. Elle me raconte donc en rigolant l’amende de plus de 1000 Pen qu’elle a dû payer pour toutes ses absences. Lucia est sortie quelques années avec un Israélien friqué. Je lui demande ce qu’elle pense du pays, de l’antiapartheid et tout ça : elle me répond qu’en 1 an à Tel Aviv elle a passé plus de temps en vacances en Turquie, en Grèce, à Dubaï ou je ne sais où que réellement en Israël… Vous voyez le tableau –> j’avais au fond de moi un dégoût anti bourgeois qui montait à chaque sujet de conversation. Bon on a tout de même passé une super après midi et ça nous a pas empêché d’avoir pleins de discussions intéressantes. Je sais que je suis moi même extrêmement privilégié par rapport à beaucoup de boliviens par exemple. Je le réalise vraiment en écrivant ces lignes que c’est probable que les locaux aient également ce genre de pensées quand on débat de tout type de sujet.

La soirée à Cusco

Le soir je trouve facilement un colectivo qui descend vers Izcuchaca et je rentre à Cusco pour le meet up Couchsurfing. On se retrouve vite à une dizaine autour d’une table dans un bar du centre ville. Je me retrouve à parler en espagnol, en anglais, en français et même pas mal en allemand avec un péruvien qui a vécu quelques années en Autriche. Globalement je retrouve la même atmosphère que les apéros Eramus pendant mon échange mais avec des acolytes plus trentenaires et aux profils plus variés et fascinants. Tout le monde a beaucoup voyagé avec ou sans argent c’est passionnant. Étonnamment (ou pas) tous les hôtes locaux sont des mecs de différentes origines et tous les voyageurs sont des voyageuses, je suis le seul gars.

Le bar où on est installé a une grande cave voûtée où est organisé ce soir là une initiation gratuite à la Salsa et à la Bachata. On décale donc en bas avec toute l’équipe CS. Je danse avec une brésilienne et deux mexicaines qui sont assez patientes pour m’apprendre quelques pas maladroits. Il y a beaucoup de monde dans cette cave dont pas mal d’occidentaux et tout le monde se prend au jeu l’ambiance est vraiment cool.

À minuit, on décale dans une grosse boite de nuit dans le centre touristique : le Chango club. Je n’ai pas l’habitude d’aller dans des vraies boîtes comme ça et je le vie comme une expérience sociale. Il n’y a pas une ambiance de folie mais ça danse pas mal quand même. La playlist est un peu internationale comme la clientèle. D’après mes observations scientifiques, les brésiliennes ont vraiment la conception la plus radicale de ce que c’est que de danser sur du ragaeton. Après c’est vrai qu’avec toutes les latinos on est dépaysé 😅. Je trouve quand même ça dingue qu’ici il n’y a aucune limite dans ce qui est faisable lorsqu’on danse avec des inconnus complets. On pourrait se dire tant mieux ils ne sont pas coincés mais alors pourquoi sont-il aussi prude !? Des mecs se baignent en t-shirt, c’est ultra mal vu de sortir en caleçon de la douche à l’auberge etc… Peut-être que la religion a impact fort dans les habitudes culturelles mais pas dans les soirées en tout cas !

L’ambiance au cours de Salsa puis à la discotèque

Je rentre vers 2h du matin à pied en raccompagnant une amie d’Erik au passage. Ça fait bizarre de voir tous ces boulevards complètement vides alors que le jours ils grouillent d’activité et de trafic comme on ne peut pas s’imaginer. Erik lui partira avec les derniers faire un after jusqu’à 8h chez un gars, inutile de dire que je ne l’ai pas beaucoup vu le lendemain. Les autres employés ont bien bossé eux donc j’ai été condamné à me lever à 9h mais ils avaient l’air habitué que leur boss passe la journée au lit après ce genre de soirée…

Face au système de santé péruvien

Je suis bien occupé ce jour là de toutes façon. J’en profite pour écrire mes articles, faire un peu d’administratif et pour aller chez le médecin. J’ai la chance qu’il y a un infirmier qui parle parfaitement français en ayant uniquement appris ici à l’Alliance Française. J’ai une petite boule dans l’épaule qu’ils identifient comme un furoncle. La médecin essaye de l’inciser et de le vider mais ça ne marche pas bien. Je vais devoir retourner chez le médecin en France c’est sûrement autre chose. Cette consultation m’aura coûté 100 Soles, je ne soit ≈27€ il va falloir que je fasse jouer mon assurance pour être remboursé.

PY du futur : 
Au final la plaie a bien été soignée j'ai pas eu de soucis à part être privé de sac à dos pendant 24h. Par contre le remboursement est un enfer, l'assurance mets en place un parcours du combatant heureusement que j'ai le temps pour remplir tous leurs formulaires.

Ils me prescrivent aussi quelques médocs que je prends à la pharmacie. Il faut savoir qu’au Pérou il y a des “pharmacies” partout (on en a même vu plus de 7 différentes dans une seule petite rue de Cuzco avec Alexis). En fait, elles font aussi drogueries et vendent tout type de produits d’hygiène ou d’entretien. Les médicaments sont vendus à l’unité et on me donne exactement le nombre prescrits. Je ne comprends pas qu’en France on gaspille encore souvent des boites entières et que ça ne soit pas généralisé.

On en parle un peu le soir avec Erik en mangeant dans un mini restau. Ici les soins ne sont pas largement gratuits comme en Bolivie mais les gens ont des mutuelles. Il semble que l’État garantisse une mutuelle minimale et que tous les soins de base soient payants mais assez accessibles pour l’ensemble de la population. Ils sont fiers de dire que malgré leur système de santé très en retard, ils sont mieux protégés et soignés que beaucoup d’étasuniens. Néanmoins je ne sais pas quel pourcentage de cette consultation aurait été prise en charge par cette mutuelle de base.

Après ce repas je prends le bus pour aller à la gare routière et j’y prend un bus de nuit pour Puno. Cette fois-ci je ne me fais pas avoir : je prends le dernier de la soirée pour arriver le plus tard possible. Ça m’évitera d’être débarqué à 6h du matin dans le froid glacial de l’Altiplano et je pourrai dormir un peu plus longtemps.

Bilan de ces 2 jours :

J’ai rencontré pleins de monde à Cusco et c’était ce que je cherchais après les jours précédents plus solitaires. Je commence à comprendre pourquoi Flétan et Marty aiment tant voyager solo. Si je n’avais pas été seul j’aurais pas été pris en Couchsurfing ou je ne serai sûrement pas allé taper la discute avec Lucia. Ça me motive pour continuer et aller rencontrer des péruviens plus à la campagne ! Prochain article Puno 👊

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