Le voyage de Marty, Léon #jour152

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Réveil chill, je rate le petit dej parceque je me pointe à 10h15. Pas cool. J’accompagne Jeremias au cours d’espagnol. On joue au ping pong puis on fait le cours. Bon, pour moi c’est pas très utile mais je vois que le cours est vraiment carré et propre, c’est une vraie prof. Elle a étudié au Nicaragua puis en Europe. Je pars déjeuner pour les laisser finir et leur ramène des cafés. Petit déjeuner de roi.

Je les retrouve après la leçon de Jeremias et on discute. Enfin plutôt elle me parle. Elle me dit qu’au Nicaragua les gens sont très fiers et éduqué pour survivre. Quand un enfant tombe on le laisse se relever seul et on ne le couve pas en lui disant “Hoooo bébéééé” comme en Europe et ça forme le caractère. Bon ça, c’est un peu généralisé sur l’Europe même si cela reste globalement vrai. “Les gens se plaignent avec force quand le café n’est pas suffisament chaud, laissent la moitié de leur assiette au restaurant”. Ça me gave aussi les gens comme ça, question d’éducation je présume.

J’apprend qu’elle allait à l’école en marchant 5kms aller et 5 retour tempête où soleil cuisant, sans chaussures, pas l’argent pour s’en acheter. J’apprend que beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’éducation ici. L’école est gratuite mais l’uniforme est obligatoire et payant : tout le monde n’a pas l’argent de se payer un uniforme. Des enfants ne vont pas à l’école pour cette raison. Elle a fait son lycée et université en faisant les devoirs des autres pour avoir l’argent d’étudier. Elle faisait 3 dissertations au lieu d’une et les élèves la payaient. Pendant que le petit groupe de riches sortaient souvent elle faisait leurs devoirs. Ici le cercle des gens riches est très restreint, ils ont beaucoup de pouvoir et le monde leur appartient.

Elle a réussi à avoir des bourses pour étudier à l’université, ils en donnent à 10% des gens. Elle y est allée avec 2 autres amis, ils se sont partagés une paire de chaussure pour 3. Elle a dit au Jury que tout ce qu’elle pouvait apprendre en Europe elle reviendrait l’apprendre et le partager aux gens ici. Le jury n’était pas convaincu : elle leur a dit que ce pour quoi on se bat à vraiment de la valeur, bien plus que pour quelqu’un qui l’obtient facilement et ne va pas s’en préoccuper (comme en Europe). Face à la force de son caractère ils lui ont donné la bourse et elle est partie en Europe.

Elle a un cours avec une fille, je rentre, prend une douche + sieste et la retrouve 1h30 après.

Cours espagnol : apprend des choses pointues et intéressantes, j’ai vraiment l’impression d’avancer sur les détails importants mais dont personne ne me fera la remarque en parlant normalement. Je suis arrivé au moment où des cours s’imposent pour aller plus loin que juste parler “correctement” et me faire comprendre. Si je veux vraiment être bilingue je ne pourrais pas l’être sans cours.

Après le cours on discute de la situation du pays. Elle me dit tout de suite de ne parler de tout ça à personne, et surtout pas à des Nicaraguyens. Quand elle me parle elle regarde constamment à droite et à gauche pour savoir s’il y a du monde qui peut écouter. Si qqun reste elle arrête de me parler de ça et change de sujet. Le système politique ici est comparable à celui de l’Allemagne nazi ou à l’URSS : un dictateur, des chefs de régions que personne ne connaît, des familles riches, des familles pauvres. Tout ceci forme une pieuvre géante et quand qqun entend quelque chose contre l’état elle gagne de l’argent en dénonçant. Du coup impossible de parler vraiment de tout dans un lieux public, elle risque sa vie. Ils ne font pas de procès ici.

La guerre civile de 1980 et le machisme qui en a découlé, les manifestations de 2018, l’écran de fumée qu’est Léon. En 1980 il y a eu la seconde guerre civile du pays, contre le dictateur. Ça a tué pas mal de monde mais ils s’en sont débarrassés. Juste après guerre contre les USA meurtrière aussi. À l’issue, 2 fois plus de femmes que d’hommes. Les familles étaient donc contentes de marier leur fille, même si le mari avait 2 femmes. Le problème c’est que cette idée que les hommes peuvent avoir 2 femmes est restée. Dans le bus pour venir au Nicaragua un homme me l’a dit “ici on peut avoir 2 femmes c’est cool”. Une femme l’a “repris” en disant et une femme peut avoir 2 hommes. Le mec l’a repris un peu sèchement “non, les femmes elles sont pour un seul homme mais les hommes peuvent en avoir plusieurs”. Bon j’avais mi ça un peu de côté tu sais jamais à quel point les choses sont vraies, il faut voir un peu plus que juste un mec dans le bus pour comprendre une culture. Dans la même veine, j’apprends que certains pères emmènent leur fils voir une prostituée pour leur 15 ans, pour que ça deviennent “des hommes”. J’ai jamais vu de fille se faire siffler mais on voit parfois des mecs se retourner sur leur passage (bon ça je l’ai vu un peu partout en Amérique centrale). Tout ça donne une société vachement machiste, plus que dans les autres pays d’Amérique centrale où elle l’est déjà. Pas toujours facile d’être une femme ici. En tant que touriste aucun souci, mais en tant que locale.

On discute des manifestations de 2018. Le “gouvernement” voulait éliminer les sdf, les 5% les plus pauvres de la population. Des étudiants s’y sont opposés dans des manifestations, 4 d’entre eux sont morts sous les balles de l’armée, le pays s’embrase. C’est une des caractéristique du Nicaragua aussi : la fierté et l’unité. À chaque révolution ou grosse manifestation c’est un peu comme ça : les étudiants protestent, il se passe qqch, tout le pays se lève unis contre l’état. Au final l’idée d’élimination des sdf à été abandonnée mais ils ont jeté 100 personnes pour l’exemple directement dans le volcan Masaya, celui avec la lave et les bulles au fond.

Il y a une rivalité entre Nicaragua et Costa Rica. Les Costa ricains prennent les Nicaraguyen de haut. Elle me dit que le Costa ricains ne savent pas travailler dans ce sont les Nicaraguyen qui vont travailler là bas.

On termine le cours et je lui donne 200 córdobas. Elle me dit de laisser ce que je veux mais Jeremias m’avait dit 200, je laisse 200. On sors ensemble et me demande ce que je vais faire ces prochains jours, je lui dit que je n’en sait rien. Elle me répond alors avec le sourire que je suis une âme libre, un oiseaux qui vole avec le vent. Je ne lui montre pas, mais le quetzal imprimé sur mon bras doit sûrement sourire.

Je pars directement au centre ville retrouver Fátima. On discute d’un peu tout mais comme d’hab jamais de grand chose non plus. J’ai la dalle, on va manger et je l’invite. Ça part sur un gallopinto, comme d’hab. Je commence à saturer de manger toujours la même chose haha ! Pas spécialement du Nicaragua mais en Amérique centrale en général, chaque pays a son plat et ils mangent ça h24. En 3 mois j’ai mangé 3 plats différents en gros. On se pose vers l’église un peu à l’écart. Elle part vers 21h30. On se verra sûrement demain.

Je rentre à l’hostel et discussion avec le québécois à propos du communisme. Son oncle pense que tout le monde devrait avoir le même salaire. Il me dit que ça ne peut pas marcher sinon plus personne n’a envie de travailler pour gagner plus. On parle vite fait des gilets jaunes et je lui dit que ça a surtout cristallisé beaucoup de choses contre l’état, pas spécialement une raison particulière. Il me demande si les études sont gratuites en France : oui. Du coup pour une partie “c’est des gens qui ont manifestés pour gagner plus alors qu’on vit déjà bien avec un smic et qu’ils ont juste “eu la flemme de faire des études””. C’est un peu résumé et mettre de côté le déterminisme social mais c’est pas complètement faux non plus. C’est la mentalité Nord Américaine ça un peu.

Je discute avec l’allemand à propos de son Date : ça n’a rien donné haha.

Bilan : 973 córdobas soit 25€

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