Maurice #19: Rastafariii

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Vendredi 7 janvier. Demain matin très tôt, je dois trouver Thierry et d’autres gars à la plage du Morne, à l’extrême sud-ouest de l’île, pour assister à une partie de pêche matinale. Problème : je ne peux pas traverser l’île à 5h du matin. Solution : j’y vais la veille.

J’arrive au village du Morne à 18h. C’est la première fois que je viens dans ce coin de l’île. L’ambiance y est différente, j’ai l’impression que c’est plus pauvre et moins peuplé qu’ailleurs, les gens ont l’air plus tranquilles.

J’ai encore une petite heure de marche pour arriver à la plage où je veux camper. Tout de suite, je longe une mangrove et là surprise, il y a des crabes. Mais genre beaucoup, beaucoup de crabes.

En fait, les crabes font des trous pour se cacher dedans. Les plus gros trous font presque la taille de mon pied, donc les plus gros crabes aussi. A la tombée de la nuit, je tombe sur des chasseurs de crabes. Voici leurs specs.

Chasseur de crabe niveau 2
  Arme : bâton, sab (machette) ou petite pelle
  Armure : bottes en caoutchouc et gant de soudeur en cuir
  Equipement : lampe torche
  Technique de chasse : marcher et attraper les crabes qui se sont éloignés de leur trou

J’essaie d’attraper des crabes mais c’est galère. J’arrive à en immobiliser un sous ma savate, mais quand je constate la force avec laquelle il essaie de sortir, je comprend que ce serait dommage de perdre un orteil pour si peu. Je continue ma route.

Vers 20h, dans la forêt, je vois du feu et j’entends des gens. Chouette ! Je m’approche, je demande si ils campent ici. J’ai ma réponse : “non, c’est une cérémonie Rastafari”.

WTF ? J’adore cette soirée, j’essaie de creuser. Mais le mec répond pas trop : il adopte la technique du plombier et n’ose pas dire non. Heureusement, un autre mec avec des dreads arrive et m’invite à les rejoindre. Bon, pas ultra probant tout ça. Mais en même temps, je comprends, vu la peur des Mauriciens vis-à-vis de la nuit.

STOOOOP ! Pour la suite de l’article, si tu peux, écoute cette nappe sonore en même temps. Bonne lecture !

J’arrive juste avant le début de la cérémonie. Il fait très sombre, il n’y a qu’un petit feu et une lampe un peu faiblarde. Quelques gens discutent mais l’ambiance est très calme. Il y a entre 20 et 30 rastas. Je distingue pas vraiment leur visage. La plupart ont des dreads et une grande barbe, mais pas tous. On voit clairement qu’il y a des habitués et des nouveaux. J’ai un peu de temps pour discuter. En fait, ils font ce genre de cérémonie tous les mois. Je suis un peu surpris parce que je n’ai pas vraiment de réponse à mes questions sur leur spiritualité ou leur façon de voir le monde. En fait, ils ne sont pas très bavards.

Un gars me tend un bang fait avec une bouteille de Yop. A Rome, fais comme les romains. C’est de l’herbe qu’ils font pousser eux même dans la forêt, c’est du bio.

La cérémonie commence par l’allumage d’un grand feu. Tout le monde se met debout devant le feu puis ils récitent des prières pendant plus d’une heure. Certains sont très impliqués mais je note un certain amateurisme (prêtre qui butte en lisant les psaumes ou téléphone qui sonne) qui fait un peu sortir de l’ambiance. Toutefois, ça a l’air sérieux et la plupart des gars sont à fond.

La prière autour du grand feu

Après la prière, les rastas se dispersent, fument, discutent et font de la musique. Le rythme est donné par un gros tambour et plusieurs percussions (des Nyabinghi selon Wikipédia) se greffent dessus. Et puis ils chantent. L’ambiance est toujours très calme mais avec les chants ça prend une autre mesure, c’est vraiment sympa.

J’en apprend un peu plus en discutant avec certains rastas. Un est mécanicien, l’autre est ouvrier dans le BTP. Leur truc, c’est de se connecter à la nature pour être apaisé, pour se ressourcer. Je suis assez en phase avec ça, c’est sympa. Mais de toute évidence, c’est pas des prêcheurs hors paires, j’apprend pas grand chose sur leur religion. En fait, je me rend compte que les gars avec qui je discutent sont ici parce qu’ils ont eu des périodes d’errance (genre sombrer dans la drogue) et que la religion rasta les a sauvé. Ils vivent plutôt dans le sud de l’île, mais il y a d’autres associations de rastas ailleurs. Mais apparemment, c’est à Chamarel, dans le sud, qu’il y en a le plus. Logique, le sud est beaucoup plus sauvage que le nord de l’île.

J’arrive pas à aller beaucoup plus loin parce que l’herbe embrume un peu mon esprit et que je suis quand même pas mal intimidé par l’aspect rituel de la soirée. Du coup, ils m’offrent plus d’herbe et à bouffer. Ils me proposent de monter ma tente sur place, mais j’ai l’impression que le terrain est trop en pente. En fait, j’arrive pas à savoir si le terrain est vraiment en pente ou si c’est moi qui penche, c’est chiant.

Je quitte leur compagnie vers 1h30 et je marche sous la pluie comme un con. J’arrive trempé à la plage vers 2h et je me rend compte qu’il y a plein de pêcheurs sur la plage, marrant mais je suis trop fatigué pour creuser le sujet.

Le lendemain matin, mes potes pêcheurs ne sont pas venus parce qu’ils craignaient la pluie. Bon, je m’y attendait un peu, c’est pas la première fois que ça m’arrive. Mais au moins j’ai pas l’impression d’avoir fait le voyage pour rien.

5 Comments

  1. Très mystérieux tout ça tout de même entre les chasseurs de crabe, les rastas et les pécheurs de nuits 😅 il y a vraiment des coins pépites sur ton île !
    Tu nous a dit que chaque communauté était encore assez séparée, les rastas que tu as rencontré c’était surtout des indous, des asiatiques ou justement c’est assez varié ?

  2. Plus de ressources sur le reggae, les rastas et leur histoire :
    – Un excellent podcast https://podcastaddict.com/episode/113909131
    – du vrai bon reggae chinois https://youtu.be/pu2J4AeNpak

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